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Les fils qui, comme chacun sait, son le but de la fondue suisse. Je mis l'objet en bouche et mâchai: cela n'avait absolument aucun goût. Je compris que les Nippons adoraient manger de la fondue suisse pour le coté ludique de l'affaire et qu'ils en avaient crée une qui éliminait le seul detail fâcheux de ce plat traditionnel: sa saveur.
- C'est excellent, affirmai-je, en cachant mon hilarité.
Rinri eut chaud et, pour la première fois, je le vis sans sa veste de daim noir. J'allai chercher une bouteille de tabasco, alleguant qu'en Belgique on mangait la fondue suisse avec du piment rouge. Je plongeai un morceaux de pain dans le polystyrène chaud, provoquai un réseau de mille fils, posai le cube jaune dans mon assiette et arrosai de tabasco, histoire que cela ait un goût. Le garçon observait mon manège et je jure que je vis dans ses yeux ce constant: " les Belges sont des gens bizarres."
Bientôt, je me lassai de la fondue contemporaine
-Vas-y Rinri, raconte moi.
-Mais...vous me tutoyez?
- Quand on a partagé une telle fondue avec quelqu'un, on le tutoie.
Le polystyrène devait être en train de s'expanser dans mon cerveau, qui synthétisait cette croissance sous la forme d'un délire d'expérimentation. Tandis que Rinri triturait ses méninges afin de savoir quoi raconter, J'éteignis le réchaud en soufflant dessus, procédéqui surprit le Japonais, vidai de l'antigel dans le mélange pour le refroidir, et plongeai mes deux mains dans cette glu.
Mon hôte poussa un cri.
- Pourquoi avez-vous fait-ça?
- Pour voir.
Je retirai mes pattes et m'amusai de l'écheveau de fils qui les reliaient desormais. Une épaisse couche de faux fromage les gantait.
- Comment allez-vous vous laver?
-A l'eau et au savon.
- Non c'est trop collant, le caquelon est antiadhésif, pas vos mains.
- C'est ce que nous allons voir.
En effet , le jet d'eau du robinet et la produit à vaisselle n'entamèrent rien à mes mouffles jaunâtres.
- Je vais essayer de peler mes mains avec un couteau de cuisine.
Sous les yeux terrorisés de Rinri, je mis mon projet à exécution. Ce qui devait arriver arriva : j'entaillai ma paume et du sang jaillit de la membrane plastifiée. Je portai la blessure à ma bouche pour ne pas transformer ma blessure en scène de crime.
- Vous permettez, dit le garçon.
Il s'agenouilla et saisit une de mes mains qu'il commença à racler avec les dents. C'était sans doute la meilleure méthode, mais le spectacle de ce chevalier en génuflexion devant la dame dont il tenait délicatement les phalanges pour en ronger le polystyrène m'explosa de rire.
Jamais galanterie ne me sidéra tant.
Rinri ne se laissa pas démonter et racla jusqu'au bout. L'opération dura un temps infini durant lequel je me penetrai de la bizarrerie de la situation. Ensuite, en artisant perfectionniste, il nettoya mes doigts dans l'évier avec du détergent et une éponge abrasive.
Quand le travail fut achevé, il contempla son sauvetage avec minutie et soupira de soulagement. Cet épisode avait agit sur lui comme une catharsis.Il me prit dans ses bras et ne me lacha plus.
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Ni d'Eve, ni d'Adam.