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Il y a des musiques qui empèchent de dormir ou même de vivre. Le cerveau les reprogramment en boucle , à l'exclusion de toute autre forme de pensée. Au début, cette dépossession de soi au profit d'une mélodie est une jouissance. On s'exalte de ne plus être qu'une partition et d'avoir échappé ainsi à des ruminations pénibles. La force physique et l'ardeur au travail s'en accroissent.
Peu à peu, les méninges commencent cependant à souffrir. Chaque note de la gamme à son siège dans la matière grise et, comme ce sont toujours les mêmes qui sont sollicitées, une ligne de crampe se dessine dans la tête.Le parcours de la musique devient le chemin de croix de l'influx mental. C'est d'autant plus bizarre que cela ne produit aucun décibel : il s'agit seulement l'idée du son. Elle suffit à assoudir et à crisper jusqu'à la folie.
Difficile de se libérer de ce que l'on a prit pour une libération. La technique " un clou chasse l'autre" se revèle innefficace: impossible de remplacer la partition toxique qui finit toujours par ressurgir des couches phoniques dont ont l'a recouverte.
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